dimanche 7 février 2016

Dans le série: la photographie est elle un art? voici l'exemple de Jacqueline Salmon



A l'Hôtel des Arts de Toulon  jusqu'au 24 avril 2016 

"42,84 km2, sous le ciel"   résidence à Toulon de la photographe Jacqueline Salmon



J'ai eu la chance de participer à ses recherches, à ses préparations et j'ai ainsi compris que son manque apparent de méthode en est une en soi. Pour l'avoir vu remplir ses cahiers d'observations sur ses « portraiturés » : le lieu de rencontre, les âges, les coordonnées, et surtout leur histoire, avec leurs mots. Pour le reste, elle rassemble des objets et des lieux avec la même apparence de fortuité. Derrière cette élégance de pseudo-dilettante, il y a un regard, une empathie, et la volonté de créer un lien, tant avec l'objet que la personne. Une fois en chasse, rien ne l'arrête, Jacqueline est une prédatrice de moments, elle subtilise votre émotion comme s'il s'agissait d'une substance rare. C'est peut être en cela que réside son art. Cartier Bresson parlait du « moment décisif » où la photo s'imposait, pour Jacqueline Salmon c'est elle qui prépare et qui ensuite provoque ce moment volé. Et ce travail d'approche est partie intégrante de sa méthode, je dirais même qu'il est plus important que la prise de la photo.
Pour nous faire traverser tous ces lieux et croiser ces objets a priori hétéroclites, Jacqueline Salmon a choisi un fil rouge, ou plutôt un truchement, un messager...le vent !
Certaines villes possèdent des caractéristiques propres : Toulon, pour Jacqueline c'est une ville dévolue au vent. Sa position géographique, sa rade abritée, ses rues, ses paysages sont marqués et façonnés par Eole. Cette dévolution qui devient dévotion a abouti à donner à cette ville variété et énergie.


Comme autrefois Janus Toulon est une ville à deux faces :
un côté clair, lumineux, ouvert...
Toulon est un port qui a était le lieu de départ de nombreuses expéditions, et à ce titre elle est une ville porteuse des valeurs des lumières : les livres de bord de La Pérouse, de Dumont d'Urville, les photographies d'indigènes rencontrés...comme une volonté de comprendre, de découvrir le monde !
Dans la même ouverture, il y a ce livre de la Franc-Maçonnerie avec tous les espoirs humanistes qu'il comportait.
Une ville faite de lieux de mémoire, de lieux perdus, est aussi le réceptacle des nombreux voyages de ses marins. Tel un cabinet des curiosités géant, toutes les maisons recèlent ces traces du passé. Derrière les hauts murs de l'arsenal, il est aussi des lieux mystérieux où résident ces traces. Le musée de l'uniforme fait partie de ces lieux un peu secret. Un sous marin nucléaire d'attaque est également un secret, mais récent, que cette ville cache.
A ce moment, on peut distinguer le côté sombre de cette ville.
Ce sous marin peut également illustrer la peur du nucléaire, si proche, si peu visible. Ces mêmes vieilles rues ne laissent plus apparaître que des fragments de l'histoire du petit Chicago, réputation de la basse-ville dans les années 20 et 30, jusqu'à l'après guerre. Les mêmes apparences de civilisation peuvent masquer l'arrogance de cette humanisme dominateur. Les dessins des indigènes démontrent cette ambiguïté historique.
Les vieux rôles du bagne témoignent également de toutes les peines et douleurs que ces lieux ont abrités. La légende de Jean Valjean envoyé au bagne de Toulon pour le vol d'un pain de 5 sous n'est pas exagéré.
Vous vous rappelez que j'ai commencé par parler de la stratégie de Jacqueline Salmon pour échapper à ce terrible reproche fait à la photographie de n'être qu'à vocation utilitaire, au mieux illustrative.

Non seulement nous avons parlé de sa poétisation du portrait de la ville par le truchement du vent, mais il y a chez Jacqueline Salmon comme pour de nombreux artistes contemporains un recours à des glissements ou à des changements d'axe...à suivre
En vente dans toutes les bonnes librairies:

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