Site "Le vent se lève"
La théorie pro-Trump issue des forums internet fréquentés par l’extrême droite américaine a rapidement évolué en mouvance « attrape-tout », au point d’émerger comme une véritable force politique. Courtisée par le président américain et des membres du congrès, elle dispose désormais de ses propres élus et militants. Ce succès foudroyant risque de radicaliser davantage un Parti républicain déjà acquis au trumpisme, quel que soit le résultat de la présidentielle.
Votre serviteur...
A partir de cette considération, quelle est la génèse de Qanon?
le slogan "Plus c'est gros, plus ça marche" pourrait parfaitement s'appliquer à Qanon. Ce mouvement est apparu au grand jour avec le "Pizzagate" où Hillary Clinton s'est vu accuser de couvrir un trafic pédophile dont le réseau était basé dans une pizzéria...C'est suite à ces accusions qu'un mystérieux justicier envoie des messages signés "Q" pour dénoncer l'Etat profond aux mains des élites et donc de Hillary Clinton. Cette cabale, qui inclut Barack Obama, Hillary Clinton, Bill Gates, Tom Hanks et Oprah Winfrey, torture et viole des enfants avant de les dévorer au cours de rites sataniques. L’armée américaine aurait recruté Donald Trump afin qu’il concoure à l’élection présidentielle et abatte cette secte...Vous voyez, on est dans la dentelle!
Tout est bon pour s'en prendre à l'establishment honni et les opposer au "bon peuple" qui a été longtemps abusé par ces traîtres criminels. Difficile de répondre quoi que ce soit à un tel délire.
En la personne de Donald Trump, le mouvement Qanon va trouver son héros et héraut. Le "Russiagate" va lui permettre d'affirmer qu'il y a un complot pour abattre le seul homme qui veut agir dans le bien du peuple. Plus tard, ce sera l'affaire Epstein et son suicide en prison à Manhattan qui va leur permettre de renforcer leurs accusations globales de pédophilie (sans d'ailleurs remarquer la grande amitié de Trump pour leur Satan Epstein).
Extraits de l'interview de Marie Peltier dans l'Obs publié le 17/11/20
Quand et comment avez-vous fait face pour la première fois au complotisme ?
Ce fut tout d’abord dans les années 2005-2006 quand j’étais professeure dans le secondaire. J’ai commencé à entendre ce genre de discours dans la bouche de mes élèves. D’ailleurs, les termes « complotisme » et « conspirationnisme » n’étaient alors pas répandus. Il y avait déjà chez certains d’entre eux une défiance énorme vis-à-vis d’« un discours du système ». La figure de Dieudonné faisait des ravages et n’était pas encore discréditée. Parallèlement, je faisais des travaux de recherche sur les questions du racisme et de l’antisémitisme. Or la question du complotisme est historiquement et intimement liée à celle de l’antisémitisme.
Pourquoi avez-vous pris cela au sérieux ?
C’est cette double constatation, en classe et au cours de mon travail de recherche, qui m’a fait comprendre sa dangerosité et sa viralité. Ce n’est pas un épiphénomène, mais bel et bien un logiciel idéologique très efficace. Plus tard, en 2011, j’ai travaillé sur la question de la propagande et de la désinformation dans le cadre du conflit syrien et j’ai été frappée d’y retrouver le même imaginaire de la défiance. Cette fois-ci instrumentalisé par le régime pour imposer son agenda. Ainsi, Bachar al-Assad réussissait à se faire passer pour un grand résistant contre la domination des Etats-Unis, d’Israël mais aussi contre les islamistes. Ce discours a très bien fonctionné auprès de différentes strates de la population. Le phénomène était encore marginal et, à l’époque, je n’imaginais pas l’espace qu’il allait prendre.
...
Où en sommes-nous aujourd’hui ?
L’expansion du complotisme a été lente et progressive, ce qui explique que beaucoup de monde en a sous-estimé la puissance et aussi que les gens peuvent y basculer facilement à leur tour. Il y a eu justement un nouveau point de basculement en 2015 lors de l’attentat de « Charlie Hebdo » avec la remise en cause de la véracité des événements. Et maintenant à nouveau avec le Covid-scepticisme à l’œuvre dans le film « Hold-up ».
Comment lutter contre un tel adversaire ?
Il n’y a pas de miracle, nous l’avons vu avec le fact-checking. C’est tout la difficulté, car certains constats des complotistes sont vrais mais ils apportent bien sûr des réponses fausses. Face à cette culture du doute dans une société au comble de la défiance, il faut recréer de la confiance avec du dialogue, sur le terrain. Il faut notamment expliquer comment se fabrique l’information, en sortant du tout-écran. Cela nécessite que les médias se remettent en cause eux-mêmes ainsi que certaines de leurs pratiques. Leur déconnexion avec le réel est avérée et leur trop grande proximité avec le pouvoir est réelle. Par ailleurs, les médias doivent aussi se rendre compte qu’ils ont contribué à la propagation de cette désinformation.
Comment ?
Tous les grands propagateurs de ces théories comme Dieudonné, Thierry Meyssan, Alain Soral, Marc-Edouard Nabe sont passés à la télévision dans les années 2000. En cela, Thierry Ardisson, Frédéric Taddeï ou Laurent Ruquier, qui, de son côté, a popularisé Eric Zemmour, leur ont offert, sur le service public qui plus est, une véritable chambre d’écho. En cela, ils portent une lourde part de responsabilité dans leur diffusion. A chaque fois, il est aisé de prétexter la neutralité pour faire parler « tout le monde » quand ça profite d’abord aux médias eux-mêmes et aux discours complotistes. La frontière entre médias « clean » et « pas clean » n’est donc malheureusement pas si évidente que cela.
La parole politique y a-t-elle aussi contribué ?
Quand on parle à un conspirationniste, il y a toujours un moment où il dit : « Les politiques nous mentent. » A leur décharge, au cours du déclenchement de la guerre en Irak en 2003, ce fut le cas. Pendant chaque campagne électorale, ce qui est promis n’est pas ou peu tenu. De déception en déception, la trahison est réelle. Or il y a une très grande aspiration à une société plus juste. A l’arrivée, la perte de crédibilité de la parole politique est immense.
Est-ce qu’en dehors de ce champ-là, sur les réseaux sociaux dans la vie de tous les jours, en publiant une belle photo de vacances sur Instagram, seule trace qui restera d’un séjour qui s’est peut-être mal passé, chacun ne contribue-t-il pas à brouiller les frontières entre le vrai et le faux, le réel et ses représentations ?
Oui, aujourd’hui, la mise en récit prime en effet sur le réel dans tous les domaines. Le débat public est scénarisé comme les représentations de nos vies privées. A titre personnel, j’ai choisi de quitter les réseaux sociaux pour retrouver une parole audible. Nous assistons en effet à une crise de la prise de parole. Sur ces sujets, la violence, dont j’ai été victime, est telle que je pense que, sur ce terrain-là, la bataille est perdue. Nous avons besoin de créer de nouveaux espaces bénéficiant d’une régulation.
« L’Ere du complotisme : la maladie d’une société fracturée », de Marie Peltier (Les Petits Matins, 2016).« Obsession : dans les coulisses du récit complotiste », de Marie Peltier (Editions Inculte, 2018).Ecoutons Marie Peltier nous expliquer que les réseaux favorisent les paroles extrêmes et rendent muets les propos modérés et les voix du milieu...
Commentaires
Enregistrer un commentaire