dimanche 3 mai 2015

Atelier mémoire (suite) Chapitre 5 LeSillage des Héros




Mon grand père maternel,


Henri Rouvier



Etre envoyé au Japon  était comme un rêve pour ce jeune enseigne, dans son sémillant uniforme neuf.  Il avait dévoré « Madame Chrysanthème" avec passion dès sa parution  et l’orient était son horizon. Tout ce qui était raconté sur le Japon, il le connaissait.  Il avait évoqué ce pays mythique avec des camarades japonais venus apprendre le français ainsi que nos pratiques navales.  Henri Rouvier se levait le matin en pensant au japon et ses rêves éveillés provenaient de l’est.  Et puis cette passion s’est estompée avec les hasards de ses affectations.

Il faisait une petite pluie fine, comme souvent en février au Japon, quand débarqua ce jeune homme  aux moustaches fines et à l’œil vif et émerveillé par la vie grouillante des quais de Yokohama, en cette année 1909.  Même si la traversée sur le « SS  Australien » a été agitée, elle lui paraît aujourd’hui la plus belle des aventures, son cœur bat, il vit son rêve !

Les débuts ne sont pas faciles pour ce jeune homme plein d’idées romantiques sur ce monde qui n’est pas toujours une merveilleuse terre d’accueil.
L’homme de la rue est méfiant envers tout étranger, d’autant plus méfiant que celui est souriant.   Le jeune homme  va apprendre à décrypter cet univers où tout est codé.

Sans pouvoir prétendre être un apollon, c’est  un homme au physique agréable, des traits réguliers, des cheveux très noirs avec une raie bien marquée, des yeux tout aussi sombres que sa chevelure et une petite moustache dite « en guidon de vélo » comme il était de bon ton dans ces années là. Pour l’époque l’homme était sportif, il sortait d’une formation aux fusiliers-marins de Lorient et pratiquait assidument le tennis. D’après certains ragots, le jeune officier ne laissait pas insensibles les personnes du beau-sexe.  Et si cela ne suffisait pas pour affirmer son charme, ce militaire avait une âme de musicien et jouait brillamment Bach, Beethoven, Couperin, Scarlatti, mais aussi les plus controversés Franck et Debussy. Ses œuvres en aquarelle qu’il a ramené d’Indochine et d’Annam démontrent également quelques vertus picturales pour rendre avec grâce la beauté mystérieuse de la baie d’Along.
A l’époque la Marine recrutait de ces officiers aux talents littéraires et que les humanités et l’amour du voyage avaient poussé vers cette Marine de l’Empire.

Le Japon, en ce début de XXème siècle a tout pour fasciner ce jeune homme. Yokohama est la porte du Japon vers l’occident :  il parcoure des quais encombrés de marchandises, il longe des échoppes où se font les achats des marchands  qui viennent de tout l’archipel. Les kimonos résistent aux habits européens qui ont fait leur apparition depuis maintenant une dizaine d’années.  C’est d’ailleurs de petits détails, des vêtements mal assortis,  une façon étrange de mélanger des habits quotidiens et certains atours de cérémonie. Il a croisé la veille, un vielle homme qui avait pris un air important en se pavanant  avec un chapeau claque et  une redingote digne du président Lincoln ; mais le détail qui tuait l’ensemble était ce méchant caleçon rose qui ornait le bas et prêtait à sourire au jeune homme un peu guindé qui avait fraîchement débarqué d’occident.

C’est vers les années 1906 ou 1907 qu’il commença à être de nouveau  fasciné par le Japon au cours de plusieurs escales qu’il y fit. Son esprit était alors mélancolique, une jeune fille de Toulon venait juste de rompre avec lui…il en a parlé à ses camarades comme d’une fille très belle et intelligente…et depuis le départ de la Méditerranée, parfois son regard s’embrume et ses yeux semblent au bord des larmes.

Ainsi si Henri vit dans cet étrange pays-monde, ce n’est pas par hasard mais par choix. Il a voulu pour une grande part vivre à la japonaise Aussi il ne fréquente pas que les boui-boui miteux du port, comme de nombreux marins étrangers ;  il loge dans une petite maison modeste, au centre d’un petit village situé entre le port et la ville, entre Yokohama et Tokyo. Il voulait échapper à l’agitation de Yokohama qui en quelques vingt ans, d’un port de pêcheurs était devenu une ville de 150,000 habitants.
Ses seules sorties mondaines, en uniforme, sont réservées à l’Ambassade.  il est aussi parfois l’invité de la bonne société japonaise et il ne refuse jamais une occasion de parfaire son japonais. Il est souvent déçu, car dans la classe bourgeoise ou aristocratique on se fait un devoir de parler un français correct et même quelquefois parfait.


C’est au cours de l’une de ces soirées, somme toutes assez ennuyeuses et répétitives, que le jeune Henri Rouvier rencontra son chrysanthème ou plutôt son cerisier.  La demoiselle  était une jolie fleur fragile, répondant au délicat prénom japonais de Sakura, adossé à celui d’Isabelle…une fleur à moitié orientale qui parlait un français impeccable.  Entre champagne et petits fours,  il se laissa emporter par les danses et par la petite voix fluette de la demoiselle.  Henri était frappé par une fièvre plus maligne que la malaria, une maladie qui allait boucler cette étrange histoire d’amour entre orient et occident. Isabelle-Sakura était la fille de Yoshigoro.  Devenu amiral et grand personnage de l’Empire du Soleil-Levant, récent vainqueur de la bataille du Yalou en Corée contre la flotte Sino-Russe. Cet homme si imposant est aussi l’un des amis d’enfance de l’Amiral Togo.  Ce haut dignitaire avait pour souhait que sa fille chérie épouse un jeune officier de marine japonais. Henri a du livrer bataille et l’amiral a du évaluer la sincérité de cet homme, en se rappelant certainement ce jeune officier japonais qui avait, lui aussi, franchi le Rubicon et bravé les préjugés de son temps pour emporter sa belle dans son pays.

Du mariage, il reste cette photo dans l’illustration.   Il y a là, le croisement de deux mondes :   les vêtements des japonaises, les uniformes des hommes, cette maison à l’occidentale.  La mariée porte une magnifique robe blanche à l’occidentale, avec un long voile et une traîne, ses sœurs sont vêtues en kimono de cérémonie.  Henri Rouvier est  pensif sur la photo…
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J’ose à peine imaginer l’arrivée en France de ma grand mère, de Bonne-Maman. Quel incroyable déracinement.  Isabelle-Sakura  qui a du être élevée dans l’idée d’une France idéale par ses parents. Son père , l’amiral  était encore et toujours un incorrigible francophile,  sa mère qui avait quitté la France de Jules Grévy et les grands rêves coloniaux de ces temps du début de la troisième république, la France des grandes industrialisations, comme le chemin de fer et les premières grandes routes. Dans la tête de ses parents, cette France là, dynamique et généreuse  vivait toujours. La France que rencontra Isabelle en ce matin de 1911  en entrant dans le port de Marseille, n’était plus ce pays optimiste, cette terre qui regardait le reste du monde avec confiance, mais un pays au bord de la guerre, déjà rongé par la haine entretenue du « boche »,  des passions mauvaises qui avaient envahi toute la société française et qui n’ont pas favorisé l’arrivée de cette jeune femme venue du lointain.


Le romantisme n’est plus de mode,  et cette époque qualifiée de « Belle époque », mais à quel titre,  était beaucoup plus âpre que celle où Yoshi avait posé les pieds sur cette terre de Provence. L’orientalisme était un peu passé de mode, la France est profondément marquée par son empire colonial,  et tout ce qui n’est pas de son sol est un peu « métèque » ou « rastaquouère ». Les sociétés sont comme les hommes leurs humeurs sont changeantes et peuvent les conduire du meilleur au pire.

A  Lorient,  ce sont les indochinois qui ont marqué les esprits de ce début de siècle et leur est allé croissant. Ainsi vont les choses : tout japonais devient alors un annamite ou un tonkinois,  un « gniaqwé »…
Même si dans cetoui mais te lointaine Bretagne, ils sont rares,  les étrangers font l’objet d’attaques incessantes dans cette presse d’avant-guerre

Début 1911, ils reviennent tous les deux vers Toulon, ou plus exactement Henri est affecté sur le « Jules Michelet »  et ils s’installèrent au 24 Boulevard de Strasbourg.

Ils étaient arrivés  à Toulon depuis peu, nous étions le 25 septembre 1911 quand un jour  au lever du soleil, une énorme explosion a fait vibrer Toulon.  Le cuirassé « Liberté » est l’un de ceux construits sur les plans d’Emile Bertin.  Sur le bord, les hommes ont entendu un frémissement sinistre, puis ils virent un peu de fumée. Le feu avait pris dans les soutes avant tribord et il se propageait à grande vitesse.
Dans ces cas là, ce sont les gaz qui tuent plus surement que les flammes. Des navires les plus proches, les marins ont pu entendre les cris de détresse de leurs camarades…et ils sont horrifiés de ne rien pouvoir faire, en les voyant se jeter à l’eau, parfois enflammés.
Le peuple de Toulon s’est rassemblé de plus en plus nombreux sur le quai Cronstadt.
A bord, des volontaires risquent leur vie pour finir de noyer les soutes. Quand l’officier de garde fait sonner le poste d’abandon, il est déjà trop tard…une immense explosion retentit à 5h53 du matin …la Liberté a sauté !

.Cet événement incroyable survient alors que la petite famille  s’est installé  Boulevard de Strasbourg et  Guy l’aîné des enfants est déjà venu au mnononde. Voici donc le nouveau lieu de résidence du  jeune couple qui est placé sous le signe d’une catastrophe.  Isabelle  a pris ses aises, elle commence à recevoir ses chers objets en provenance du Japon par bateau. C’est tout un « bazar » hétéroclite qui a envahi ce petit appartement  haussmanien de la haute ville de Toulon :  satuettes de jade, paravent précieux, et même deux superbes armures de samouraï, cadeau de son père, qui connaissait son attirance pour l’histoire du Japon médiéval.  Mon grand père Henri est alors soumis au régime des « béatitudes » : trois jours aux Salins d’Hyères et 4 jours à Toulon. Ce régime sépare trop cette jeune famille, et la décision est prise de déménager pour un cabanon des Salins, situé sur les bords du Gapeau. Ce fut le début pour l’oncle Guy d’une brève carrière maritime  sur une barcasse propulsée par l’aviron…Je m’imagine Isabelle, ma future bonne maman telle une African Queen, ou une princesse des bayous. .

Cet avant goût d’exotisme ne faisait que précéder le départ du couple pour  l’Indochine, et Saïgon, avec le beau titre d’adjoint au commandant de la Marine.. Après une année paisible et de vrais vacances tropicales, la guerre a même atteint la mer de Chine et Henri a eu un travail très prenant pour communiquer le plus d’informations possible sur la situation navale de la région, mais aussi pour assurer la protection des cargos qui acheminaient les matières premières indispensables pour mener la guerre en Europe , et en particulier les navires devaient échapper au bâteau corsaire allemand l’Emden. 

Ce mystérieux ennemi était tapi dans les eaux tropicales et tel un chasseur, il guettait ses proies en rôdant entre l’Océan indien et la mer de chine. Ce croiseur   a davantage semé une terreur psychologique, mais avec une certaine efficacité : coulant dans ces eaux si paisibles dix huit navires marchands, mais aussi un croiseur et un destroyer britanniques. L’ogre était donc aux confins de l’Indochine et Henri a œuvré pour apporter sa pierre à la traque du corsaire.

L’histoire de L’Emden commence au début du siècle précédent. Le croiseur Emden rejoint l’escadre de l’amiral Von Spee dans le pacifique,  c’est en rejoignant cette nouvelle position qu’il arraisonne un premier paquebot, le Riasan, bâtiment russe.  L’amiral Von Spee qui se sent isolé va faire route à l’Ouest pour regagner l’Europe. L’Emden reste dans les eaux orientales . A partir de ce moment, il n’aura de cesse de traquer et couler tous les bâtiments commerciaux qui ont le malheur de croiser sa route. Sa présence va gêner tout le trafic entre l’Orient et l’Occident, et influer sur le ravitaillement des troupes qui combattent.  Mais l’Emden va ensuite tenter d’attaquer les ports anglais le long des côtes indiennes. C’est en trop pour les alliés qui décident de lui livrer une chasse impitoyable. Von Muller  est repéré par un navire italien qui signale sa position, et dès lors il sera pourchassé par toutes les escadres alliées présentes dans l’Océan Indien. La presse  britannique se déchaîne contre l’Amirauté « Baleine impuissante à avaler le petit poisson Emden »…

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Le corsaire va ravitailler aux îles Cocos, et il veut également y détruire la station T.S.F, mais deux croiseurs australiens surviennent tandis qu’une partie de l’équipage de l’Emden est occupé à détruire les installations de l’ïle…le croiseur Sydney attaque et malgré des salves précises de l’Emden, il parvient à détruire la télémétrie de corsaire, le rendant imprécis dans ses tirs. Bientôt Von Müller n’a d’autre choix que d’échouer son navire sur les récifs. Il essuie encore quelques salves avant de hisser le pavillon blanc.

Henri Rouvier, de son poste fixe à Saïgon a collaboré à cette fin du corsaire, en rassemblant les informations, en les communiquant aux autres escadres  de jour comme de nuit.  Un travail patient, moins visible mais efficace.

La maladie a atteint Henri. Toute la famille replie bagages en fin 1916, et ce fut une croisière très triste sur le « Polynésien », paquebot régulier des messageries maritimes.  Un sous-marin allemand était signalé dans les parages, et Henri mon valeureux grand père, même diminué, avait décidé d’entraîner une partie de l’équipage à la manœuvre de l’unique canon du bord,  tel Dom Quichotte à l’ombre des moulins.  Pauvre Henri, qui livrait sa propre guerre contre la maladie. Il y eut plusieurs batailles pour qu’enfin il baissa pavillon dans la nuit du 11 au 12 juin 1920, dans leur appartement du 2, place de la Liberté. La mort de mon grand père laissa Isabelle Sakura et son fils Guy, alors âgé de 9 ans, totalement désemparés !


A peine dix années  qu’elle était arrivé dans ce pays, si fermé malgré les apparences…et puis la guerre qui avait changé les mentalités. La belle époque avait laissé place à un esprit individualiste, où ne comptait que la jouissance en attendant la prochaine grande « boucherie » mondiale.

Ma grand mère n’avait pas une grande largeur d’esprit, pour ce que je me rappelle, et tous ceux qui l’ont connu  ont confirmés que ses idées étaient restées extrêmement rigides. Contrairement à l’une de ses sœurs, ma tante Marguerite, qui avait suivi le même destin qu’elle : mariage avec un jeune officier de marine français, le Comte d’Albas…Isabelle, bonne maman, comme je l’appelais, avait une vision étriquée de la vie. La période de l’entre deux guerres a du être des plus pénibles pour elle :  moralement et matériellement.  Le relâchement des mœurs, une certaine liberté des femmes,  une société en plein désarroi, mais vivante n’était pas pour rassurer Isabelle Rouvier.

L’agonie de son mari avait été pénible et longue, mais elle avait aussi eu le temps de s’y préparer.  Quand bien même la société d’après guerre a du faire une place à toutes ces femmes seules, les veuves, la vie demeurait des plus difficiles pour elles, dans ce monde si masculin.  Bonne maman, qui n’avait que trente et un ans était encore, sous ses vêtements noirs, une jeune femme désirable  et qui fût vite désirée.

Femme d’officier elle était, femme d’officier elle devait rester…c’est un jeune lieutenant de vaisseau   qui s’est révélé dans la guerre.  Il a commencé sa carrière dans la marine marchande, lieutenant au long cours, puis mobilisé comme premier maître d’un chalutier, cet homme intrépide va servir sur plusieurs navires de guerre. Puis il va être affecté comme navigateur à des ballons captifs. Car à l’époque, les marins, bons connaisseurs des vents, s’occupaient de ce corps d’observation, et ces hommes étaient en première ligne,  ils constataient les avancées et les reculs des troupes amies et ennemies, tout en essuyant des tirs fournis : un boulot ingrat !

Sylvestre Marcaggi, était né  à Ajaccio  en 1988.   C’est à Rochefort où il a été breveté pilote de dirigeable qu’ils se sont connus avec Henri qui effectuait une mission en 1918 dans les différentes écoles de la Marine. Les deux hommes, assez peu conformistes s’étaient liés d’amitié.  Il effectue un remplacement à Toulon sur l’aviso Arras en 1919, ce qui permet aux deux amis de se retrouver. Henri présenta Sylvestre à son épouse, et l’homme devint l’ami du couple. Henri qui, malade, ne sortait jamais, faisait une exception pour son ami et ils allaient dîner tous les trois , après avoir confié Guy l’aîné et la toute jeune Magali née en 1918, à la grand mère. De Rochefort où il est toujours affecté, le jeune lieutenant Marcaggi fait plusieurs fois  le voyage de Toulon, car il voit son ami faiblir.  A la mort d’Henri, il viendra sur ses congés pour aider Isabelle à supporter et à organiser les obsèques.  Si en 1922, il choisit Cuers comme affectation ce n’est pas seulement  pour les Zeppelins, mais surtout pour se rapprocher d’Isabelle…si jeune…si seule !

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Un an plus tard,  ses nombreuses visites à la jeune veuve dépassaient le simple stade de la camaraderie, et son assiduité n’avait d’égal que l’intérêt qu’il portait au jeune Guy, qui voyait dans ce pilote, la gloire et la force d’un père si regretté.
L’homme avait déjà su conquérir cette petite famille.
En 1923, la Marine faisait parcourir de grandes distances à ses Zeppelins, en attendant que l’aviation en soit capable. Le Dixmude allait fréquemment survoler l’Afrique du Nord et la Méditerranée.
Ce 18 décembre 1923  le Dixmude appareille de Cuers pour une nouvelle mission dont il ne reviendra jamais. On ne retrouva que le corps de son commandant de Grenedan, au large de la Sicile…Le Lieutenant de Vaisseau Sylvestre Marcaggi a disparu en mer dans la nuit du 20 au 21 décembre 1923. 

Pour Isabelle, ce fut presque un second veuvage, et une trace indélébile sur son mental et son comportement futur :  l’éternel pessimisme.


Années noires et terribles  pour cette petite famille, si isolée  dans un monde en plein désarroi : l’entre-deux-guerres.  Isabelle  va courir dans toutes les administrations, elle va écrire partout et harceler qui il faut ; pour enfin obtenir sa survie, avec le statut de « veuve de guerre »  avec « bureau de tabac ».

D’après maman, sa fille Magali,  la vie ne lui avait pas semblé si rude ; pourtant les fins de mois avaient du être difficiles, obligeant Isabelle, Bonne-Maman , à louer une chambre à de jeunes étudiants.  Elle fait également quelques traductions pour des sociétés de commerce de Marseille.  L’appartement de la Place de la Liberté devient une petite entreprise, qui restera très fragile. Guy, l’aîné a été perturbé par les évènements et sa scolarité s’en est ressenti. C’est un garçon vif et impétueux, mais cette énergie n’a pas été canalisée par un père  et ses actes vont parfois trop loin. Isabelle, sans doute trop absorbée par la survie quotidienne, n’a probablement pas porté assez d’attention et d’amour à son fils. Il en gardera une marque profonde dans son cœur.  Magali est comme un petit oiseau,  qui ne pense qu’à s ‘envoler du nid. Sa beauté la fait très rapidement passer de la fillette charmante à la jeune fille désirée.

L’appartement de la Place de la Liberté voit alors un défilé régulier des prétendants de mademoiselle Rouvier. Selon leur condition ils reçoivent un accueil qui va de glacial à chaleureux.  J’aime à imaginer Bonne Maman en Cerbère de la porte !

Parmi ces fameux assidus, il y a heureusement pour moi, (d’autant que nous émettions en présupposé que l’existence est un bonheur en soi…c’est une autre question) un dénommé Pierre Bouillaut.  Cet homme discret, a eu le coup de foudre pour cette jeune beauté qui est son exact opposé : diserte, d’un contact direct et facile, et d’une spontanéité incroyable. Le jeune enseigne tombe sous le charme de cet oiseau du sud, lui qui est né à Roubaix d’une famille originaire de Lorraine et d’Alsace, et qui est d’un caractère aussi égal que celui de sa promise est impétueux et riche en verbe. Magali avait 16 ans,  le mariage a eu lieu quelques mois plus tard, je vois la photo où ce joli couple sort de l’Eglise Saint Louis sous la haie d’honneur des camarades du jeune enseigne.   

Le jeune couple s’installe, pas loin du port, rue Chevallier Paul,  juste à la limite de « Chicago », le quartier chaud très apprécié des marins en goguette. C’est un des endroits les moins chers de Toulon.  Mon grand frère Frédéric y est né, neuf mois pile après le mariage.

Mais bon, les moments héroïques vont survenir au début de la guerre.





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