mardi 11 septembre 2012

Leçon sur la langue française 3


Le plus grand des poètes....

rubrique copiée sur le site de la faculté des lettres de Lyon

Clément Marot (1496-1544)


Poète français protégé de François Ier et de sa soeur, il représente le premier humanisme français. Il publia en 1543 des Psaumes traduits en français, ce qui au regard de la religion catholique médiévale constituait une hérésie.
Certains critiques subtils (Luc van Brabant, Karine Berriot) ont vu dans les poèmes de Marot les traces d'un amour de celui-ci pour Louise. Il nomme dans plusieurs poèmes une « Bella Rubella », alors que Baïf avait surnommé Louise « La Belle Rebelle ». De plus divers jeux anagrammatiques en divers endroits de l'oeuvre de Marot (qui n'en était pas avare) semblent désigner Louise. Les mêmes voient dans un poème biographique des Ezcriz de divers poètes, sans doute écrit par Guillaume Aubert, des allusions à ce sentiment : le « vieil [Poëte] Rommain » serait Marot (dont le nom rappelle par métathèse celui de Roma et, par homonymie, celui de Virgile, Publius Vergilius Maro, ce jeu de mots était courant à l'époque) ; le lieu de la mort, les « Iberiens champs » aurait une simple valeur symbolique.
Marot
Dessin de Nicolas
d'après le tableau de G. Moroni
Le Beau Tetin (blason)
A ceulx, qui apres l'epigramme
du Beau Tetin en firent d'autres
Textes liminaires de l'Adolescence clémentine
(édition Dolet de 1538)
 

CARMEN
AD LECTOREM
Saepe quod inspersis nugis foedeverat ausus
 Quorundam, ut sunt haec candida secla parum :
En tibi nunc, Lector, patria fornace recoctum,
 Spectandumque, novo lumine, prodit opus.
Hic nihil est, quod non sic elimaverit Autor,
 Ut metuat Momi judicis ora nihil.
Bourbon, dit Borbonius, poète lyonnais
 
L'épigramme precedant
a esté translaté en françoys,
en ceste manière : par LA BELLE RUBELLA.
Ce livre cy souvent avoit esté
jusqu'à present (telle en est la coustume)
Par meschantz gens corrompu et gasté :
Dont l'a fallu rapporter sur l'anclume.
Or maintenant est il (amy lecteur)
Si bien remys en ordre, et tellement
Renouvellé, mesmes par son Autheur,
Que de Momus ne crainct le jugement.
 Vive recte, et gaude.
 
A ANNE, POUR LIRE SES ÉPIGRAMMES
Anne, ma soeur, sur ces miens Épigrammes
Jette tes yeulx doulcement regardant ;
Et en lisant, si d'amour tu t'enflammes,
A tout le moins ne mesprise les flammes
Qui pour l'amour luysent ici dedans.

Clément Marot
Karine Berriot fait valoir que Louise Labé avait été surnommée par Baïf « La Belle Rebelle », ce qui évoque le surnom de la traductrice du premier texte, la belle Rubella. Dans ce nom elle déchiffre deux anagrammes, « Labé, elle lebrûla » et/ou « La belle le brûla ».
Le même auteur entend à la fin du dernier vers « Louise ici dedans ». Ce poème constituerait donc une dédicace à Louise, au-delà et au travers de l'hégérie apparente, Anne. Cette hypothèse est soutenue par le fait que le titre indique que la lecture du recueil doit se faire selon une méthode particulière.
Epigramme
Estreines, à dame Louïze Labé

Louïze est tant gracieuse et tant belle,
Louïze à tout est tant bien avenante,
Louïze ha l'oeil de si vive etincelle,
Louïze ha face au corps tant convenante,
De si beau port, si belle et si luisante,
Louïze ha voix que la musique avoue,
Louïze ha main qui tant bien au lut joue,
Louïze ha tant ce qu'en toutes on prise,
Que je ne puis que Louïze ne loue,
Et si ne puis assez louer Louïze.
in Escriz de divers poètes a la louenge de Louize Labé Lionnoize,
attribué à Clément Marot
Epigramme
A D. L. L.

Ton lut hersoir encor se resentoit
De ta main douce, et gozier gracieus,
Et sous mes doits sans leur aide chantoit :
Quand un demon, ou sur moy envieus,
Ou de mon bien se feingnant soucieus,
Me dit : c'est trop sur un lut pris plaisir.
N'aperçois tu un furieus desir
Cherchant autour de toy une cordelle,
Pour de ton coeur la dame au lut saisir ?
Et, ce disant, rompit ma chanterelle.
in Escriz de divers poètes a la louenge de Louize Labé Lionnoize,
attribué à Clément Marot
A DEUX JEUNES HOMMES QUI ESCRIVOYENT
A SA LOUENGE

Adolescens qui la peine avez prise
De m'enrichir de los non merité,
Pour en louant dire bien verité,
Laissez moy là, et louez moy Loyse.
C'est le doux feu dont ma Muse est esprise,
C'est de mes vers le droit but limité ;
Haulsez la doncq en toute extremité,
Car bien prisé me sens quand on la prise.
Et n'enquerez de quoy louer la faut :
Rien qu'amytié en elle ne deffault ;
J'y ay trouvé amytié à redire.
Mais au surplus escrivez hardiment
Ce que vouldrez : faillir auculnement
Vous ne sçauriez, sinon de trop peu dire.
Clément Marot, sonnet publié en 1541, avec l'Histoire de Léandre et de Héro
Les deux jeunes hommes en question pourraient être Antoine du Moulin et Claude Galland.

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