mardi 14 août 2012

le gardien de l'Art







C’est pas gai un centre d’art en août !




Peu de réflexions sont aussi pertinentes que celle ci…
Un couple de vieux touristes fatigués par la chaleur de la ville et la durée de leur mariage
va, trottinant d’un tableau à l’autre. Parfois, ils me prennent à témoin du délire de l’artiste,
et alors, je hoche la tête d’un air entendu.
Il y a le maniaque en short, celui qui photographie tout après la pénible recherche de l’angle parfait. Pour que le paysage soit complet, voici le couple avec enfants : deux mômes, otages culturels et futurs délinquants en col blanc. Avec ceux là, c’est l’enfer, toujours être à l’affut de la main qui touche l’œuvre, de la crotte de nez fatale…l’enfer !

Parfois, bien que ce soit formellement interdit, je réponds à un touriste, et je ressort les explications que sa seigneurie « la médiatrice » a bien voulu délivrer au bas peuple esbaubi par tant de savoir…bêcheuse…et donc je m’élève dans la micro-société du lieu en usurpant ses bribes de savoir. Mais en douce, car je tiens à ma place, non qu’elle soit mirifique, mais elle me permet le confort d’une vie « planquée ».

Chez moi, c’est du domaine de la survie, car je me suis « sorti » de la lutte ambiante, j’ai juste dit « Pouce, je ne joue plus ! ».

Dans un monde parallèle, j’ai été artiste, assez renommé, gagnant bien ma vie sur un malentendu de départ, et moyennant quelques compromis. J’ai créé un style, qui est devenu l’emblème artistique de mon époque, et puis par glissements progressifs, ce motif est devenu un élément de décor, du design…j’ai déposé la marque, et mon compte en banque a suivi la courbe inverse de ma créativité. Je fus un homme apparemment heureux mais horriblement creux !

O putain, ce sale con vient de laisser tomber ce kleenex !
Monsieur, s’il vous plait, vous avez perdu quelque chose…oui, ça…vous avez une poubelle, là bas !

L’atelier pour les gamins va commencer…Ca me plaît…la plupart sont chouettes et spontanés…pas comme l’intervenante qui est compassée et directive, mais bon, c’est quand même un bon moment !

OOO merde, le directeur va me gonfler avec ses consignes paranoïaques et récurrentes…oui, monsieur le directeur je pense bien aux sacs, oui je leur fais prendre à la main…oui et bien sûr, on leur dit pour les boissons…oui, de sortir, c’est ca !

J’en ai marre de ce type qui a appris un art dogmatique et figé ; putain, de l’air…vite !

Merde, cet ectoplasme m’a fait louper le début de l’atelier…





20 ans plus tard…

Karim est une vraie star, il expose dans le monde entier, ses œuvres sont foisonnantes et à chaque exposition il surprend et étonne critiques et amateurs d’art en montrant des œuvres holographiques toujours différentes et d’une inspiration toujours renouvelée.

Un soir, il est l’invité vedette d’une émission culturelle mais diffusée avant 23 heures. Le jeune artiste répond à des questions pressantes sur sa créativité…poussé à ses limites par un bon journaliste il parle pour la première fois d’un homme qui lui a appris non seulement des techniques de peinture mais qui, surtout, lui a fait rentrer au « marteau piqueur » une éthique de la créativité comme seule valeur…cet homme était un gardien de salle dans le centre d’art qu’il avait un jour visité avec le centre social de son quartier…un de ces hasards de la vie !


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