(petit hommage à Georges Perec peint par Enki Bilal)
Vouloir mettre en place un projet culturel relève du
défi, de la gageure, car ces deux termes là ont fort peu en commun
à la base, et ils sont même à la frontière de l'oxymore.
Le projet c'est la certitude, la projection vers
un avenir iconoclaste, c'est une démarche méthodologique qui
ressort davantage du management et du marketing produit plutôt que
du monde des idées.
Etre un acteur culturel, c'est accepter
l'univers du flou et du relatif, c'est s'avancer dans un monde plus
émotionnel que rationnel. Alors, comment allons nous associer ces
notions contraires?
A La carte et le territoire
Les liens entre Art et Management ou domaine culturel
et entreprise sont souvent au mieux passionnés et caricaturaux et au
pire méprisants et plein d’antagonismes.
I/ Une notion paradoxale, le projet culturel
Le terme paraît aujourd'hui naturel à dire, et
pourtant, combien de combats il a fallu pour cela...
Le projet est une notion utilitaire, terre à terre, un
architecte a un projet, un entrepreneur a des projets. Mais dans les
temps rapprochés le projet prend des airs économiques,
capitalistes...pour dire un gros mot absolu, c'est du management.
Vous sentez bien que cette notion de projet a des
relents de crise, et donc d'optimisation, de rationalité,
d'efficacité voire d'efficience. Si nous nous situions dans un
registre émotionnel, nous eussions pu dire qu'il eu s'agit d'une
notion impure.
Sans y prendre garde, chers jeunes amis, nous venons
juste de pénétrer dans le monde obscur de la gestion (vade retro
satanas). A y bien réfléchir, un projet ressemble à un
regroupement de personnes autour d'un même objectif, d'un même but.
Cela ne vous rappelle t il rien ?
C'est bien une sorte de messe, un processus par lequel
on exprime sa foi. Et qui dit messe, dit clergé : le projet a son
propre clergé.
L'AFITEP est en charge des normes, c'est à dire du
dogme à suivre pour mener un bon projet.
C'est lui qui a fourni la définition officielle :
« Un processus unique, qui consiste en un ensemble
d'activités coordonnées et maîtrisées comportant des dates
de début et de fin, entrepris dans le but d'atteindre un objectif
conforme à des exigences spécifiques. »
L'AFIGESE, quant à elle a toute obédience sur
l'évaluation. Ce mot d'évaluation qui va également vous
accompagner pour partie dans mon cours. Pour satisfaire,
momentanément, votre légitime curiosité, je dirai simplement par
métaphore mécanique que l'évaluation est au bilan ce que le moteur
est au pneumatique...l'un est plus dynamique que l'autre !
Pour vous faire comprendre la nouveauté « brutale »
de tout cela, il faudra situer la naissance de « l'ingéniérie
culturelle » vers 1985.
Toute la culture est sortie de sa routine ancestrale :
les musées se sont mis aux expositions temporaires, les
bibliothèques et les archives exposent, accueillent des conférences,
des projections, des résidences d'auteurs ou d'artistes. Les projets
se sont multipliés.
II/ De quoi, parle t on?
Les projets culturels sont :
- un événement / spectacle → temporalité
très courte (ex : spectacle de théâtre, atelier, visite,etc.) qq
heures à une journée
- un festival, une foire → temporalité un peu
plus longue (ex : fête du livre, JEP, festival de Jazz, etc.)
plusieurs jours
- une exposition → temporalité moyenne 1 à
plusieurs mois
- une production de prototype ou de multiples
création d'oeuvres, film, jeu vidéo, DVD, etc.
Les lignes ont commencé à bouger avec la
mondialisation et différentes crises qui pourraient y être
attachées.
La société est en pleine évolution globale, et ce
mouvement entraîne une perte de repères et de valeurs…dans ces
moments de doute et d’incertitude les artistes et les créateurs
retrouvent une place prépondérante de guide, de chercheurs de sens,
qui donne une vraie signification à l’appellation d’avant-garde,
qui était synonyme d’abscons en temps calme et reprend son sens
militaire de pionnier et de défricheur en temps de crise !
De son côté le domaine culturel a senti que la
société avait attiré la culture vers le côté marchand,
concurrentiel et que l’art était en train de passer de l’élite
à la masse. Les gens de culture ont beau se pincer le nez, ils ont
de plus en plus besoin des techniques d’entreprise et donc du
management pour évoluer dans ce nouvel environnement.
Reportez vous à ce que décrit dans son dernier
ouvrage Michel Houellebecq à propos des artistes Jeff Koons et
Damien Hearst.
Mais on pourrait partir de Salvador Dali ou de Picasso,
et enfin regarder la production d’Andy Warhol et de son art
dupliqué ou plutôt répété. Mais aussi de Jean Michel Jarre ou de
croisements entre les genres comme Pavarotti qui chantait avec
Zucherro ou le violoniste Nygel Kennedy qui invite Mick Jagger sur
scène. L’époque est trans-genre, hybride, propice aux mélanges
et aux musiques du monde. On parle d’entreprises culturelles pour
la musique, le cinéma, le spectacle et en revanche l’Art est
partout dans la mode, le design, les emballages, le mobilier…Yves
Michaud parle d’Art à l’état gazeux !
B L'intérêt d'un projet culturel
I/ votre propre positionnement
Avoir une nouvelle relation avec vos
responsables...porter un projet c'est faire preuve d'initiative et se
placer dans une dynamique professionnelle.
Dans sa propre relation à la vie professionnelle,
c'est également un positionnement volontaire qui éloigne les aléas
et les incertitudes de l'emploi.
C'est aussi et surtout une nouvelle relation à soi
même, car il y a un lien étroit entre vie professionnelle et vie
tout court , et la conduite influe sur les deux!.
II/ Votre structure
→ Cette démarche est dans l'intérêt de votre
entreprise, association, ou collectivité
elle va permettre de faire des choix cohérents et plus
adaptés au contexte
→ choisir le bon champ culturel ou artistique par
rapport au public ciblé,
→ trouver les meilleurs partenaires et les convaincre
d'y participer
→ développer une médiation conforme aux objectifs
définis et pour cela connaître avec finesse les publics concernés.
III/ Anatomie d'un projet culturel
Un projet culturel est composé de 3 éléments
principaux
L'objet culturel
le public
les acteurs du projet
Notion primale et centrale : l'objet culturel
Réflexion : cette notion est trop vaste (avec toutes
les approches qui sont possibles: philosophique, sociologique,
esthétique, éducative, ethnologique, etc. etc.)
Aujourd'hui cette question est de plus en plus ardue,
il est de plus en plus difficile d'y répondre.
→ Diapo Chef d'œuvre
A notre époque le flottement de la notion d'art vient
se conjuguer avec un autre flottement bien aussi grand, si ce n'est
davantage; celui qui tourne autour de la notion de culture et de ses
différentes acceptions.
Selon l'acception de ces deux mots d'art et de culture,
les populations sont situées différemment dans les pratiques et les
projets conçus et réalisés par les professionnels.
Le mot « culture » est un de ces mots très lourds
...comme liberté, démocratie, justice, bonheur.
Il est important d'aborder un projet culturel en
connaissant les positionnements des principaux acteurs et
partenaires, mais aussi son propre positionnement par rapport à
cette complexité ambiante.
Donc vous l'avez compris le but de ces interventions
sera de répondre avec complexité à des questions simples:
Pourquoi monter un projet culturel?
Ce projet culturel est il faisable?
Est ce que l'avancement du projet suit les objectifs
fixés?
Est que le projet doit être poursuivi, et sous quelle
forme?
Petits Bonus
1) Glossaire de survie en milieu culturel
quelques mots valises à définir comme Art, Esthétique
et puis très rapidement
(viennent d'autres mots comme Public, Partenaire,
Prestataire, Contrat, Conservation, Action culturelle, Médiation)
puis nous aborderons des thèmes plus techniques et
précis et trouverons les notions de commande, d'objectifs,
d'indicateurs, de critères, de partenariat de mécénat, contexte,
diagnostic, fiche, planning, tableau de bord
2) lectures minimum
Quelques lectures utiles, voire indispensables...pour
se poser des questions salutaires
2 romans pour aborder de façon intime les limites du
domaine artistique
« Clara et la pénombre » de José Carlos Somoza, «
le portrait de Dorian Gray » d'Oscar Wilde
2 essais pour mieux comprendre les différents enjeux
« L'art à l'état gazeux » de Yves Michaud, « L'art
et la culture » Université de tous les savoirs volume 20 notamment
« phénomènes de mode » et le « sens de l'art »
« Beaux arts magazine » de février 2010 dossier «
qu'est ce qu'un chef d'oeuvre? »
quelques films également peuvent contribuer à
illustrer cette thématique de la complexité de l'art :
« la jeune fille à la perle » de Peter Webber qui
parle de création, de quotidienneté et de lumière, « le ventre de
l'architecte » de Peter Greenaway, « The bird » de Clint Eastwood

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