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Art contemporain COURS 6 La Vidéo comme art


Cours 6


Les enfants de la télé
« L'art vidéo est né du derrière jupitérien (je n'irais pas jusqu'à dire du cerveau !) de cette Autre Chose appelée télévision », se plaisait à rappeler le réalisateur et photographe américain Hollis Frampton, figure de proue de l’avant-garde new-yorkaise. Tributaire des évolutions technologiques, la photographie fut fille de la première révolution industrielle. La vidéo sera enfant de la télé.




Nam June Paik en pleine installation de Fish Flies (1976). Photographe : Peter Moore
En mars 1963, Nam June Paik, compositeur d'origine coréenne, présente à la galerie Parnass de Wuppertal, en Allemagne, une installation composée de treize téléviseurs retransmettant l'image d'une même chaîne de télévision, brouillée par les bidouillages qu’il a préalablement effectué sur les transistors et les tubes cathodiques. Réflexion davantage plasticienne que politique sur les possibilités de distorsion de l'image télévisée, l’approche de Nam June Paik est concomitante de celle, plus militante, de l’allemand Wolf Vostell, qui s’emploie au même moment à dénoncer l’emprise de la petite lucarne sur les esprits. Téléviseurs cernés de barbelés ou coulés dans une chape de béton : c’est peu dire que la virulence de sa critique est à la hauteur des moyens déployés… Ainsi érigé au rang d’objet sculptural, le poste de télévision s’expose au musée, l’art vidéo est né. 
L’art comme lifestyle
A partir de 1970, tandis qu’une vague de culture underground déferle sur le monde occidental, une nouvelle génération d’artistes, imprégnée par la lecture de l'essai séminal de Marshall McLuhan, Pour comprendre les médias, et de sa formule célèbre « le médium est le message », s’empare à son tour de la vidéo. Encouragés par la commercialisation par Sony du Portapak, premier système d’enregistrement vidéo portable (et abordable), ils pressentent dans la vidéo le moyen de faire de l’art un véritable mode de vie, où se conjuguerait sans heurt progrès social et critique de la société industrielle médiatique. Rapidement, cette jeune garde fait montre d’une grande diversité d’intentions et de propositions : instrument de la lutte chez les mouvements féministes, écologistes et anti-guerre, la vidéo se fait mémoire de la performance chez Marina Abramović, ou outil de création d’une imagerie nouvelle chez l’américain Bill Viola, qui explore les possibilités de trucage offertes par la bande magnétique.
L’art de tous, pour tous 
Au cours des décennies 1980-1990, l’art vidéo poursuit sa marche au gré des évolutions techniques successives. L’apparition du format VHS, la miniaturisation des instruments de prise de vue, la révolution numérique, le développement d’Internet, la démocratisation des logiciels de montage ou de modélisation sont autant de petites et grandes révolutions, promptes à élargir la palette des artistes. Dorénavant projetées, en deux ou trois dimensions, les images deviennent monumentales et intègrent l’espace environnant. En témoigne la pratique du mapping, qui infiltre depuis quelques années l’espace public, de la Nuit Blanche à Paris à la Fête des Lumières à Lyon, pour transformer les façades de nos villes en gigantesques cimaises à ciel ouvert. Ou encore le développement des installations interactives d’art numérique et d’art immersif, au cœur desquelles le spectateur est invité à participer en temps réel – à la Gaité lyrique ou depuis son salon, un casque de réalité virtuelle vissé sur la tête. 
Dans un même mouvement, le numérique, à la fois outil de fabrication et de diffusion, participe doublement à la démocratisation de l’art : d’une part, les nouveaux médias permettent aux artistes de toucher une plus large audience. D’autre part, le public devient lui-même créateur, du fait de l’accessibilité inédite des outils de création. « La seule limite est votre imagination » semble ainsi être devenu le mantra, en forme de slogan publicitaire, du monde qui advient, consacrant par là-même l’avènement de « la figure de l’amateur », chère au philosophe Bernard Stiegler.
L’art de la synthèse



Conséquence de ce maelström créatif, les frontières séparant les différentes disciplines artistiques – peinture, sculpture, installation, photographie, performance – se font de plus en plus poreuses, rendant caduque toute tentative de hiérarchisation entre art majeur et mineur. De sorte que l’art vidéo, synonyme d’hybridation des pratiques, infuse désormais tous les domaines de l’art contemporain. A l’image des installations aux dimensions cyclopéennes du plasticien américain Matthew Barney, où la puissance de l’image et la matérialité de la sculpture se mêlent à l’énergie de la danse, au cœur de mises en scène dignes d’un blockbuster Hollywoodien. Au point pour certains d’y voir une version 2.0 du Gesamtkunstwerk, le fantasme d’Art Total qui agita l’histoire de l’art de Wagner aux avant-gardes européennes des années 1910.




Matthew Barney, CREMASTER 4, 1994/95, single-channel video installation
À l’heure du tout image
Art du temps (time based art), l’art vidéo est aussi un art de son temps. Face à l’incommensurable complexité de nos sociétés contemporaines, difficile d’entrevoir de quoi sera fait le futur de l’art vidéo. Quand certains artistes aiment se frotter aux dernières innovations technologiques issues du numérique, d’autres préfèrent revisiter l’esthétique au charme low-fi de la bonne vieille bande magnétique. Arte Povera versus débauche d’effets spéciaux, la diversité de l’offre artistique actuelle raconte en creux le paradoxe de notre époque, coincée entre nostalgie d’hier et promesse technologique. Plongés que nous sommes dans un flux constant d’images, il nous est parfois difficile de reprendre notre souffle. Redonner du sens à cette profusion, voilà peut être l’un des enjeux à venir du plus contemporain des arts contemporains.


-       Un art fait pour l’hybridation

Autant le mouvement Dada et les surréalistes ont su utiliser la photographie pour enrichir leurs œuvres, autant la vidéo sera le media des artistes des années 80 et 90. Les bases avaient déjà été posées par le mouvement Fluxus avec Nam June Paik, mais aussi Yoko Ono.
Ces artistes seront suivis par Frank Stella et Bill Viola formés par John Cage ou Allan Kaprow dans le pur esprit du « Black Mountain College »


Une Exposition vidéo qui vous fera également découvrir la M.E.P   









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