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Onfray ou le "graphomane"

Est ce que l'on écrit jamais trop?     Délicate question 






A chaque fois, il semble manier les paradoxes et tourner autour d'une question que tout philosophe se pose in fine: comment le monde évolue t il?   Que se passe t il autour de moi?

Généralement il donne peu de réponses à de telles questions...mais comme tant d'autres, il ne peut s'empêcher de les formuler.   En l'occurence le philosophe s'intéresse à l'occident, au monde judéo chrétien, il l'aborde sous l'angle de la décadence, ce qui est plus systématique que le "déclinisme".

Finalement, après Houellebecq c'est une approche assez similaire quoique moins provocatrice.
"Décadence"  est donc, vous l'avez perçu, un livre surprenant, toujours sur le fil du rasoir.

Le seul vrai regret que je pourrai émettre c'est la référence à Samuel Huntington qui n'est peut être pas le plus pertinent, parce que chez Huntington, si le constat d'une crise de la multipolarité est avéré, en revanche ses nombreuses analyses sont pour le moins réductrices et au pire inadéquates. Pourquoi ne pas faire reposer sa réflexion sur des penseurs un peu moins controversés et moins "bruyants"?

De Gaston Bouthoul à Arnold Toynbee, les penseurs du XXème siècle n'avaient pas les mêmes clefs. Les deux guerres mondiales étaient avant tout occidentales...et elles ont épuisé nos sociétés. Elles ont surtout brisé le rêve du progrès, de la modernité. L'homme occidental, une fois privé de son projet Prométhéen est nu et vulnérable. Une société sans projet est en "déclin"  ou en "décadence"...on peut jouer sur les mots comme Michel Onfray , mais l'essentiel est ce constat d'une société et d'hommes qui ont perdu leur motivation, qui n'ont plus cette flamme qui amène un "monde" à se réinventer constamment.  Une telle "décadence" était certes inéluctable, mais elle fut précipité par des maîtres à penser plus occupé à asseoir leur petit pouvoir, plutôt que de faire avancer les idées et les hommes. 
Onfray dénonce ce "nihilisme" qu'il oppose à la ferveur de certains islamistes prêt à mourrir pour leur conception du monde!

Notre monde, dit il, meurt de la non congruence de ses élites. Poutine ou Trump, Marine Le Pen ou le Brexit démontrent la perte des repères et des valeurs qui risque de marquer ce début de siècle. Ok pour ça mais pourquoi ne pas penser que chaque époque connait des périodes de "recentrage", des "glissements". L'islam, et surtout son enfant terrible "l'islamisme politique" ne fait que remplir le vide effectivement laissé par le recul de nos valeurs de progrès et de démocratie. "l'homme" est un animal croyant que ce soit au progrès, à la science, à la politique ou enfin à la religion. Quand tous les autres s'affaiblissent, il reste cette dernière...dernier rempart, dernière pensée magique pour échapper à l'absurdité originelle de notre présence sur Terre. La décadence oui, mais comme le moyen de retrouver un équilibre autour de valeurs plus en phase avec les pensées, les modes de vie et le minimum de croyance nécessaire à une vie policée.

A son tour, notre philosophe ne fait que dénoncer sans apporter la moindre pierre à un édifice, sans nous dire si un projet est encore possible dans le cadre de notre occident chrétien. Cher Michel, si je puis me permettre, vous ne faites par cet ouvrage qu'ajouter à la confusion ambiante.  A moins...que...dans un prochain opus notre graphomane n'écrive une suite ou plutôt un complément à son constat glacial. Après tout et sur la vaste échelle du temps, une décadence annonce une autre société, d'autres rêves humains. Ne nous enlevez pas ça, cher Michel!

Donc mes conseils de lecture   avant Onfray:  Arnold Toynbee



et avec un peu de chance celui de Gaston Bouthoul, inventeur de la "polémologie"



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