Emprunt à Didier Guilbaud site http://bbf.enssib.fr/consulter/bbf-2000-03-0049-004
Voici le passage concernant les petites structures:
Les « dix commandements » des bibliothèques rurales
Pour la création d’une bibliothèque en
milieu rural, on peut tout à fait se référer aux dix commandements qui
avaient été formulés lors de la création de la grande bibliothèque à La
Haye (en Hollande) 2 :
la bibliothèque doit être flexible, compacte, accessible, extensible,
variée, bien organisée, confortable en harmonie avec l’environnement,
sûre et économique. Si l’on reprend un à un chacun de ces critères, on
peut tout à fait les appliquer à la mise en espace d’une bibliothèque en
milieu rural, ou, plus globalement, à celle d’une petite bibliothèque.
1. Flexible.
Les espaces de la bibliothèque et la structure des bâtiments doivent
être conçus de façon à permettre des adaptations visant à changer
l’organisation interne. Cela signifie notamment qu’il s’agit de se
rapprocher au mieux d’une surface la plus décloisonnée possible. On se
trouve en effet souvent en présence de lieux récupérés (logements
d’instituteurs, presbytères), difficiles à agrandir du fait de murs
porteurs, qui font obstacle à une mise en espace la plus large possible
de la bibliothèque. Par ailleurs, les toilettes et escaliers (pour la
circulation) doivent se situer en dehors de l’espace de la bibliothèque.
On peut aussi, à cette étape, s’interroger sur la surface de la
bibliothèque, même si les normes nous ont enseigné que 100 m² sont le
minimum au-dessous duquel ne s’applique plus le critère de 0,07 m² par
habitant. La réalité est, en fait, que, souvent, dans de toutes petites
communes, l'aménagement se fait dans des locaux inférieurs à 100 m².
Quitte à déroger à de sacro-saints principes, il faut prendre en compte
le progrès, en termes de surface et de projet, qui consiste à quitter un
local trop exigu, ou à créer une bibliothèque là où il n’y en avait
pas.
2. Compacte.
Le chemin à parcourir d’un point à un autre doit être le plus court
possible : pas de pas inutiles dans une petite bibliothèque. Ce point
est à conjuguer fortement avec le suivant.
3. Accessible.
On doit pouvoir passer de l’extérieur à l’intérieur du bâtiment, et de
l’entrée à toutes les parties du bâtiment ou des espaces, grâce à une
organisation facilement compréhensible, nécessitant un minimum de
signalisation.
4. Extensible.
La conception et l’esthétique du bâtiment doivent permettre une
croissance ultérieure, n’occasionnant qu’un minimum de perturbations sur
le fonctionnement. Dans le cas de locaux « récupérés », l'existence de
locaux proches dévolus à d'autres activités (salles de réunion, par
exemple) permet d'envisager l'extension de la bibliothèque.
5. Variée.
L’architecture doit favoriser la mise en valeur des collections et des
autres services offerts, de façon à ce que le choix des usagers soit le
plus libre possible, tant pour rechercher des livres ou autres médias,
que pour butiner au milieu des collections, ou pour lire ou parcourir
journaux et périodiques, ou encore pour étudier, etc.
6. Bien organisée.
Les livres et autres médias doivent être disposés de telle sorte que
l’usager, qu’il soit jeune ou moins jeune, puisse y accéder facilement
et en avoir communication aisément. La simplicité du mobilier est
essentielle dans ce cas, ainsi que l'organisation des collections. Sur
ce point, on insistera sur la nécessité de « désherber » régulièrement
la bibliothèque pour n'y retrouver que les ouvrages réellement vivants.
Il est souvent difficile de se libérer de dons, qui encombrent l'espace
plus qu'ils ne servent la lecture publique.
7. Confortable.
Pour promouvoir la bibliothèque, l’architecte Harry Faulkner-Brown
préconise, par exemple, la régulation de la température et la bonne
intensité de lumière, mesurée depuis le haut des étagères. Il n'est pas
rare encore aujourd'hui que les locaux affectés à des petites
bibliothèques ne soient pas chauffés – ou le soient mal !
8. En harmonie avec l’environnement.
Pour la conservation des différents supports (livres, disques,
micro-formes, films, etc.) par exemple, la lumière doit être constante,
le chauffage, la ventilation, le taux d’humidité et l’acoustique doivent
êtres régulés en permanence et en fonction des données locales.
9. Sûre.
Il doit être possible de prévenir des préjudices éventuels causés aux
usagers et, également, de réduire la perte de volumes par un
positionnement correct des bureaux.
10. Économique. La construction et la maintenance d’une bibliothèque doivent se faire à moindres frais.
Les espaces internes
Entrons maintenant dans la bibliothèque.
On peut considérer dans le local quatre à cinq espaces à définir (cf tableau 1)
. Rappelons aux « décideurs » trois principes pour réussir la bibliothèque :
1. La bibliothèque est un organisme vivant.
C’est la raison pour laquelle les collections de livres devront être
régulièrement renouvelées. L’acquisition et le renouvellement des
collections procèdent d’une alchimie subtile, qui doit prendre en compte
les besoins quotidiens des usagers, les fonds de documents existants,
la nécessité de ne pas surcharger la bibliothèque en ouvrages inutiles,
etc. Avec cette attention régulière qui est un gage d’intérêt pour les
lecteurs, on peut espérer toucher environ 20 % de la population.
2. Il est impératif qu’un budget municipal soit voté
qui permettra d’acheter un minimum d’ouvrages pour la bibliothèque, un
minimum de CD et cassettes pour la phonothèque, un minimum de
vidéocassettes pour la vidéothèque. La règle de 10 F par habitant,
appliquée par le Centre national du livre, est un minimum.
3. Il faut que ce soit du personnel professionnel, ou bénévole spécialement formé à la gestion d’un tel établissement,
qui anime la bibliothèque. Car cela ne s’improvise pas, mais nécessite,
au contraire, un minimum de connaissances pour évaluer les besoins du
public de la commune, pour commander les ouvrages nécessaires à la
lecture de tous, et, enfin, pour organiser la bibliothèque et l’animer.
Revenons sur les différents espaces.
L’accueil
L’espace réservé à l’accueil joue un rôle
très important, dans la mesure où c’est là que va se produire le premier
rapport avec le livre, ou les autres documents, c’est là que va se
manifester la capacité de l’établissement à rendre les services que
l’usager a plus ou moins déterminés.
Plus encore que dans les grandes
bibliothèques, l’accueil dans les petites bibliothèques est à la fois le
lieu de rencontres à l’entrée du bâtiment et le lieu de gestion de la
bibliothèque. Souvent c’est à l’accueil que vont se faire les opérations
de prêt et de retour des ouvrages ; c’est à l’accueil que les
renseignements concernant les documents sont fournis aux usagers… Enfin,
l’accueil, dans une petite bibliothèque, représente souvent le seul
espace professionnel, même si le traitement des documents se fait, dans
la mesure du possible, dans des locaux isolés du public.
L’accueil est un espace que l’on soignera
particulièrement, car une ou deux personnes sont appelées à l’occuper en
permanence. Outre une banque de prêt – on peut signaler que les banques
de prêt classiques répondent souvent peu aux besoins d’une petite
bibliothèque, car elles occupent un espace trop important –, il convient
d’avoir également à proximité un rayonnage destiné à la diffusion des
réservations et à recevoir, éventuellement, quelques encyclopédies et
dictionnaires, qui permettront au bibliothécaire de faire des recherches
rapides.
Il est actuellement difficile de donner
des conseils sur le mobilier consacré à l’accueil, car les petites
bibliothèques sont souvent en phase d’informatisation, ou sur le point
de s’informatiser dans un avenir proche. Un bureau avec retour, équipé
d’un ou deux caissons, dont les tiroirs faciliteront le classement d'un
certain nombre de documents de gestion de la bibliothèque, me semble le
plus approprié.
Immédiatement à côté de cet espace, on
trouvera les catalogues, si tant est que cette notion soit fondamentale
dans la gestion d’une petite bibliothèque. Il m’apparaît plus important,
en fait, de privilégier toutes les fonctions de renseignements à
l’usager, et de ne pas polariser l’activité de la bibliothèque sur la
constitution de catalogues. Néanmoins, toutes les sources d’informations
sur le fonds de la bibliothèque, ainsi que, désormais, la présence d’un
ordinateur équipé d’un logiciel adapté à la gestion d’une bibliothèque
et à son accès public (OPAC) ont leur place dans cet espace des petites
bibliothèques. On peut imaginer aussi un lien entre l’accueil et
d’autres espaces souvent gérés de façon indépendante, et parfois
intégrés aux bibliothèques : salles et zones de réunions, d’animations,
d’expositions. Souvent, et c’est tout à fait utile et judicieux dans les
petites communes, ces espaces sont associés à des lieux culturels. Dans
cet esprit, il s’agit beaucoup plus de négocier auprès des décideurs
une place suffisante pour la bibliothèque au sein même de cet ensemble,
de manière à ce que la bibliothèque n’en soit pas l’élément faible.
Nous avons vu précédemment que la
disposition des lieux nécessitait le besoin de créer des zones les plus
vastes possibles en fonction des surfaces disponibles.
Disposition des espaces
À partir de l’accueil (cf tableau 2)
, on peut décliner plusieurs
espaces au sein de la bibliothèque, selon les publics à accueillir et
les fonctions de la bibliothèque. Je pense qu’il faut laisser une
certaine ouverture à l’organisation et la gestion de ces espaces, de
manière à pouvoir les faire évoluer dans le temps. Ainsi, la création
d’espaces multimédias nous a appris qu’il ne s’agissait pas simplement
d’une zone de consultation, mais aussi d’animations, une zone qui
utilise des matériels qui occupent de la place. On peut voir à
l’étranger des bibliothèques en milieu rural qui ont tout à fait intégré
les différents espaces de la bibliothèque, tout en les individualisant
par des rayonnages en épis, qui permettent, le cas échéant, d’agrandir
ou de rationaliser l'organisation des services.
On peut donc imaginer des espaces en
fonction des publics – « adultes », « enfants » –, en fonction des
différents supports diffusés – on trouvera ainsi un espace multimédia
qui intégrera le cas échéant la sonothèque, la documentation, ces deux
dernières zones étant effectivement liées beaucoup plus à la diffusion
de différents supports d’informations et de communication qu’aux
fonctions exercées par la bibliothèque.
Dans une petite bibliothèque plus encore
peut-être que dans d’autres établissements, il faudra prendre soin du
détail, en soignant particulièrement l’organisation des rayonnages. À
cette étape de l’histoire des bibliothèques en milieu rural, nous
commençons enfin à intéresser sérieusement les acheteurs à la conception
d'une présentation des collections sur un mobilier adapté à la gestion
d’une bibliothèque. La génération précédente avait vu de nombreuses
bibliothèques bricolées à partir de quelques planches, et ce mobilier
était souvent inadapté à la gestion de la bibliothèque et à
l’organisation des collections, quelle qu’en soit l’importance.
On ne soulignera jamais assez combien il
est fondamental d’avoir des rayonnages modulables, c’est-à-dire où l’on
puisse déplacer les étagères ou modifier leur écartement, un mobilier
qui accepte des étagères solides, qui, chargées d’à peine quarante
livres, ne forment pas une flèche dangereuse. On prendra soin
d'indiquer, même lorsque la bibliothèque est aménagée et les étagères
construites par des artisans locaux, combien il est important d’avoir
des « joues » sur les étagères et une butée arrière. Ces petits détails
sont importants. On veillera également à la hauteur des rayonnages, afin
qu'ils ne soient pas trop hauts pour les enfants, et à la répartition
des collections sur les étagères pour leur donner une bonne visibilité
et en permettre un accès aisé. Ces notions peuvent sembler un peu
ridicules en l’an 2000. Néanmoins, la discussion au quotidien permet de
prendre la mesure de ces évidences dans la gestion des petites
bibliothèques.
Le traitement des espaces et
l’organisation des collections en fonction des publics seront bien
entendu différents suivant que l’on dispose d’un local de 100 m² ou de
500 m², même s’il y a des convergences entre ces deux types de
bibliothèques. Dans l’hypothèse d’un local d’une surface supérieure à
100 m², l’accessibilité des personnes âgées sera un point fort, car il
est difficile d’envisager de leur faire monter les escaliers. Même
lorsque cela leur est possible, cela représente un handicap à la
lecture.
En milieu rural, les bibliothèques
départementales de prêt jouent un rôle important en aidant les
concepteurs de la bibliothèque à organiser des espaces où l’on a
tendance à vouloir trop charger les rayonnages aux dépens d’une
présentation claire, ordonnée. Cela pose, au-delà de l’aménagement
lui-même, la question de la gestion des collections, du désherbage et
des dons, qu’il ne faut pas accepter en trop grandes quantités, sous
peine, comme on l’a déjà dit, d’occuper trop de place dans la
bibliothèque.
La gestion de certains espaces relève
aussi des missions assignées à la bibliothèque. Ainsi en va-t-il pour la
documentation. Ce lieu devra, en effet, permettre au public, et plus
particulièrement au jeune public, d’accéder à des collections de
documentaires, ou encore de préparer des exposés, etc. Le risque est de
vouloir trop charger cet espace de manière à accueillir un nombre
important d’enfants et de jeunes, transformant ainsi la bibliothèque
publique en bibliothèque centre documentaire (BCD). L’équilibre entre
BCD et BR (bibliothèque relais) n’est pas facile à trouver, mais il est
important de ne pas transformer la bibliothèque en salle de classe, où
tous les enfants d’une classe seraient présents en même temps. On se
contentera donc de quelques tables et chaises qui répondent à un besoin
ponctuel du public à des fins documentaires, mais on conjuguera cet
espace avec les autres espaces de lecture, dont, pour les enfants, un
espace libre avec moquette, poufs, coussins, et podiums le cas échéant,
et, du côté des adultes, quelques chauffeuses permettant une lecture
assise.


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